Le premier
film turc est un documentaire fait par un officier
de réserve, Fuat Uzkinay, au début de la Première
Guerre Mondiale. Il
est suivi par d’autres courts métrages, mais l’ère
du cinéma turc débute réellement en 1922 lorsque
le comédien Muhsin Ertugrul,
qui joue et dirige des films en Allemagne depuis
1916, monte sa propre société de films. Son film
"Atesten Gömlek" (L’Epreuve) est le
premier à avoir pour thème la Guerre
d’Indépendance, et le premier film dans lequel
des actrices turques musulmanes jouent. En 1932,
"Bir Millet Uyaniyor" (Une Nation s’éveille),
une autre épopée de la Guerre d’Indépendance,
n’est pas seulement considéré comme étant le meilleur
film de Muhsin Ertuðrul mais comme étant le premier
film notoire de l’histoire du cinéma turc. Muhsin
Ertuðrul est aussi le premier réalisateur à faire
un film sur le monde rural (Batakli Damin Kizi
Aysel) joué par la comédienne Cahide Sonku, la
première star du cinéma turc, dans le rôle principal.
Faruk Genç est le premier réalisateur
sans expérience préalable au théâtre. Jusqu'en
1950, il y a peu de productions. Avec l'électrification
des campagnes les salles se développent rapidement.
La période entre 1939 et 1950 est une période
de transition où l’on commence à ne plus prendre
de comédiens pour jouer dans les films.
Entre 1950 et 1970 fleurit la “période des artistes
de cinéma”. Le nombre et la qualité des films
augmentent avec des réalisateurs tels que
Lütfi Akad (Kanun Namina – Au nom de
la loi), Atif Yilmaz (Murad'in
Türküsü – Le chant de Murad; Ah Güzel Istanbul
- Ah! Bel Istanbul), Metin Erksan,
Memduh Ün (Kirik Çanaklar – Les plats cassés),
et Osman Seden. Après 1960 le
cinema aborde les thèmes sociaux sur le modèle
américain (le film d’Ertem Göreç Karanlikta Uyananlar
– Ceux Qui Se Réveillent Dans Le Noir, prenant
pour thème les conséquences sociales des grèves;
le film d’ Halit Refik, Gurbet
Kuslari – Les oiseaux migrateurs, sur la l’émigration
intérieure). Mais la plupart des films inclinent
vers le mélodrame ou histoires d'aventures tumultueuses.
A partir des années 1970, à côté de ces films
de divertissement, un nouveau courant explorant
les problèmes du monde rural ou des gens des petites
villes, l’émigration à l’intérieur du pays, a
été représenté par les films de Yilmaz
Güney (Umut – l’Espoir; Agit – Elégie;
Aci – La Douleur; Umutsuzlar – Les Désespérés;
Arkadas – L’Ami; Yol – La Route, Palme d’Or Cannes
1982), Tunç Okan (Otobüs – l’Autocar,
sur le thème des travailleurs émigrés à l’étranger),
Lütfi Akad (Dügün – Le Mariage;
Gelin – La Mariée), Zeki Ökten
-Yilmaz Güney (Sürü – Le Troupeau;
Düsman – l’ Ennemi), Sinan Çetin
(Bir Günün Hikayesi – L’Histoire d’un jour), Atif
Yilmaz (Aaah Belinda), Ali Özgentürk
(Yasak – Interdit; At – Le Cheval), Erden
Kiral (Kanal – Canal; Bereketli Topraklar
Üzerinde – Sur des Terres Fertiles; Hakkari'de
bir Mevsim – Une Saison à Hakkari; Mavi Sürgün
– l’Exil Bleu), Zülfü Livaneli
(Yer Demir, Gök Bakir – Terre de Fer, Ciel de
Cuivre), Serif Gönen (Derman
– Le Remède; Amerikali – l’ Américain). Ces réalisateurs
ont reçu chacun une reconnaissance internationale
dans les années 1980.
En 1990, la Fondation du Cinéma Turc et de la
Culture Audiovisuelle voit le jour et la Turquie
devient un membre du Fond de Soutien Européen
(EURIMAGES) établi pour la production et la distribution
jointes des oeuvres d’art audiovisuelles et cinématographiques.
Entre les années 1990 et 2000, le cinéma turc
a commencé à faire l’expérience de ses années
les plus productives et créatives du point de
vue de la qualité et de la diversité. L’accent
a été mis sur l’individualité, en particulier
sur la recherche de l’identité de la femme, et
l’ on a assisté à une montée de la popularité
des comédies. Ömer Kavur (Anayurt
Oteli – l’ Hôtel de la Mère Patrie; Gizli Yüz
– Le Visage Caché; Akrebin Yolculuðu – Le Voyage
du Scorpion), Orhan Oguz (Herseye
Raðmen – En Dépit de Tout), Tunç Basaran
(Uçurtmayi Vurmasinlar – Ne les Laissez
pas Tirer sur le Cerf-volant; Piano Piano Bacaksiz
- Piano Piano Kid; Sen de Gitme – Ne Pars Pas),
Yusuf Kurçenli (Karartma Geceleri
– Blackouts), Fehmi Yasar (Camdan
Kalp - Coeur en Verre), Mehmet Tanrisever
(Sürgün – L’Exil), Yavuz Özkan
(Iki Kadin – Deux Femmes), Memduh Ün
(Zikkimin Kökü), Canan Gerede (Ask
Ölümden Soguktur – L’Amour Est Plus Froid Que
La Mort), Ferzan Özpetek (Hamam
– Le Hammam), Yavuz Turgul (Eskiya
- Le Bandit), Dervis Zaim (Tabutta
Rövesata – Culbute Dans Le Cercueil), Zeki Demirkubuz
(Masumiyet - Innocence), Nuri Bilge Ceylan
(Kasaba – La Petite Ville; Nuages sur Mai), Muammer
Özer (Hollywood Kaçaklar – Les Fuyards
d’ Hollywood), Sinan Çetin (Propaganda),
Tomris Giritlioðlu (Salkim Hanim'in
Taneleri – Les Bijoux de Madame Salkim), Yesim
Ustaoglu (Günes'e Yolculuk – Voyage vers
le soleil), Zeki Demirkubuz (Üçüncü
Sayfa – La Troisième Page), Handan Ipekçi
(Büyük Adam Küçük Ask – Grand Homme, Petit Amour),
Semih Kaplanoglu (Herkes Kendi
Evinde - Chacun Chez Soi), Serdar Akar
(Dar Alanda Kisa Paslasmalar - Offside), ont remporté
des succès dans les festivals internationaux ou
nationaux.
Le film « Uzak » (Lointain),
du cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan,
a reçu le Grand Prix du Jury du 56e Festival de
Cannes 2003, et ses deux acteurs Muzaffer
Özdemir et Mehmet Emin Toprak
(ce dernier est décédé à l’âge de 28 ans deux
jours après la fin du tournage en décembre 2002)
se sont vu distingués d'un double Prix d'interprétation
masculine.
LA
LITTERATURE
La littérature orale: la poésie chantée populaire est une forme
vivace du lyrisme turc avec le "mani"
(thèmes de l'amour, du destin), les "lamentations
funèbres", le "destan"(chant épique).
Les "contes" (masal), les comptines
(tekerleme) allant du comique au fantastique,
relèvent du folklore.
Deux figures marquantes symbolisent cette division
des débuts de la littérature turque en Anatolie:
Mevlâna Celaleddin
Roûmi, et Yunus Emre qui contribua
à fixer de façon décisive la langue poétique.
Peu après Mevlâna, Yunus Emre se distingua comme
étant la représentation littéraire la plus significante
à propager en langue turque
les enseignements du Soufisme
à travers une poésie mystique. Depuis plus de
sept siècles Yunus Emre et ses poèmes continuent
à vivre dans le coeur de la population. Pour lui,
la cause de la dualité de l'existence est l'amour.
C'est grâce à l'amour que l'unité de l'Etre peut
être atteinte. L'amour est la cause et le but
de la vie sur terre. Le chemin qui mène à l'Unité
passant par le coeur.
Je
ne suis pas sur terre pour me quereller,
L'amour est la mission de ma vie.
Les coeurs sont le foyer des aimés;
Je suis içi pour forger chaque coeur vrai.
La
route menant à la connaissance est la même que
celle menant à la connaissance de Dieu, ce qui
veut dire accéder à la connaissance de
soi. La connaissance de soi formant la base de
chaque science:
La
science permet la connaissance
La connaissance permet de vous connaître.
Si vous ne vous connaissez pas,
Alors à quoi servent vos recherches?
Nasreddin Hodja (ou Hoca qui signifie le maître)
est une autre figure importante de la même période.
Né en 1208 dans un petit village près de Sivrihisar.
Son père qui était imam (un prêtre dans la religion
musulmane) lui fit faire des études théologiques
et il devint lui-même imam de son village. En
1237 il s'installa à Aksehir
où il fut aussi Kadi (juge) et professeur dans
un medresse (école coranique). Sa conception du
monde, son sens de l'humour et son bon sens tout
oriental ainsi que sa franchise firent de lui
un grand humoriste-philosophe populaire qui est
devenu légendaire. Ses anecdotes, qui ont été
verbalement transmises là où la langue
turque est parlée, sont très populaires parmi
toutes les couches de la population. Nasreddin
Hodja est devenu célèbre et ses histoires et anecdotes
commencent à être traduites dans de nombreuses
langues étrangères.
En voici quelques exemples:
- Hodja, pourquoi répondez-vous
toujours à une question par une autre question?
- Je fais ça, moi?
Quelqun demanda:
"Hodja Efendi, pourquoi les gens partent
-ils dans toutes les directions lorsqu'ils sortent
de chez-eux?"
Nasreddin Hodja répondit sans hésitation:
"Le fait qu'ils partent tous dans la même
direction déséquilibrerait le monde".
Nasreddin Hodja se présenta
à la maison d'une personne riche pour une collecte
de charité. Le domestique lui dit:
"Mon maître est sorti".
Nasreddin répondit:
" Dis à ton maître que la prochaine fois
qu'il sortira, il ne laisse pas traîner sa tête
à la fenêtre. Il pourrait se la faire voler."
Un jour que Nasreddin Hodja
se rendait à la mosquée en compagnie de ses mollahs,
il décida de s'asseoir à l'envers sur son âne.
Les mollahs lui demandèrent:
"Mais pourquoi montez-vous votre âne à l'envers?"
Il répondit:
"Si j'étais assis normalement en regardant
devant, vous vous trouveriez derrière moi. Si
vous marchiez devant moi, je me trouverais derrière
vous. D'une façon comme d'une autre je ne vous
ferais pas face. C'est pourquoi je trouve cette
manière de m'asseoir la plus logique."
La poésie du Dîvan: à partir de la prise de
constantinople, le sérail
de Mehmet II le Conquérant devint un pôle d'attraction
pour les poètes arabes et persans avec une littérature
d'élite de langue composite.
Les formes de cette poésie comprennent les "kaside",
"mesnevi" ,"gazel", impliquant
des métaphores, des symboles et des concepts codifiés
ayant pesé sur la personnalité des poètes turcs.
Une littérature turque de tradition populaire
persista (Pir Sultan Abdal XVIe) avec un poésie
s'adressant au plus grand nombre.
Evliya Çelebi (1611-1682) passa la majeure
partie de sa vie à voyager à l'intérieur de l'immense
Empire Ottoman. Dans ses Récits de Voyages,
le "Seyahatname" contenant 6000
pages, il a rapporté ce qu'il a vu et entendu
et fait des observations présentant les particularités
et les modes de vies des sociétés des régions
où il a voyagé, en y ajoutant ses interprétations
et ses réflexions personnelles. C'est l'oeuvre
littéraire d'un poète qui, à sa façon, a utilisé
une langue quotidienne facile à rapporter et à
écrire. Cette langue est fluide, entraînante,
quelquefois amusante et satirique.
Lâle
Devri: après une longue période
de guerres, le début du XVIIIe siècle
fut marqué par un épanouissement des arts
et des lettres sous Ahmet III et
son grand vizir Damat Ibrahim Pacha.
Cette période placée sous le signe de la
Tulipe* qui avait envahi la vie quotidienne,
les arts décoratifs et la poésie, fut appelée
Lâle Devri (Période des Tulipes 1718-1730).
Les premières tentatives furent faites pour
suivre les progrès technologiques occidentaux.
Pour la première fois l'Empire Ottoman envoya
des ambassadeurs temporaires en Europe,
et en 1727, la première imprimerie fut créée
par Ibrahim Müteferrika avec l'aide
de Sait Efendi, le fils de l'Ambassadeur
turc à Paris.
* La tulipe était déjà connue au XIe sìècle
en Anatolie puisque les Seldjoukides
la représentaient en motif de décoration. Elle
devint un symbole de richesse et de pouvoir, et
les sultans ottomans
honorèrent la fleur par de somptueuses fêtes.
A l’époque, les hommes turcs portaient le « tülbend
» - une longue pièce d’étoffe enroulée autour
de leur tête – dont dérive le mot « turban »,
et à cause de sa ressemblance avec le « tülbend
», la fleur fut appelée « tulipan ». Au milieu
du XVIe siècle, Ogier Ghiselin de Busbecq, qui
était un diplomate autrichien, aurait envoyé des
bulbes de cette fleur qu’il n’avait jamais vue
auparavant en Europe, à Carolus Clusius, le curateur
des Jardins Impériaux de Vienne. Quelques années
plus tard, emportant ses bulbes avec lui, il fuit
en Hollande où il s’occupa du jardin botanique
de l’Université de Leiden. Rapidement la tulipe
donna lieu à un commerce lucratif puisque une
frénésie gagna les Hollandais qui voulaient se
procurer des bulbes de cette fleur rare.
La littérature du Tanzimat,
au milieu du XIXe siècle, s'affirma partout par
l'emprunt des genres littéraires nouveaux: théâtre,
roman, critique et essais, journalisme avec Ibrahim
Sinasi. Fin XIXe Namik Kemal et d'autres
auteurs mobilisèrent la prise de conscience nationale
des turcs rompant avec les vraies traditions du
peuple turc.
La littérature nouvelle, au début XXesiècle,
est caractérisée par des écrivains qui concrétisent,
en les développant les théories et les ébauches
d'occidentalisation de l'époque précèdente. Tevfik
Fikret qui combattit le traditionnalisme du
sultan Abdulhamid II et qui aspirait au progrès
social, tenta aussi de renouveler la poésie ancienne.
La langue restant précieuse
et artificielle, un groupe d'écrivains préconisèrent
une littérature nationale visant à purifier la
langue de ses éléments étrangers et à sa fusion
avec le langage parlé.
Les contemporains: la littérature
turque n'a pu prendre son véritable essor que
grâce à la Guerre d'Indépendance
(1919-1922). Avec la proclamation
de la République (1923) naît un pays nouveau
dont il fallait rechercher et définir la personnalité.
La vie des paysans anatoliens et de l'homme du
peuple dont la participation avait été déterminante
pour la libération, a constitué le principal objectif
littéraire de romanciers issus de milieux intellectuels,
puis des écrivains d'origine populaire. Des écrivains
paysans continuèrent la tendance en y ajoutant
un ton de témoignage vécu (Yasar Kemal
avec « Mehmed le Mince », « Mehmed le Faucon »,
« Terre de Fer, Ciel de Cuivre », « L’ herbe qui
ne meurt pas »). Une deuxième tendance décrivit
le peuple des grandes villes (Sait Faik
« Poèmes et Histoires Choisies). Aziz
Nesin (« La Fanfare des Casseroles »,
« Sous les Armes », « Les Gens se Réveillent »,
« Yasar Vit et ne Vit pas à la Fois »), le plus
populaire des écrivains turcs, resta fidèle aux
traditions nationales d'humour.
Le
premier poète moderne turc est Nazim Hikmet
qui, aujourd’hui, est reconnu en Turquie et dans
le monde entier comme un des plus grands poètes
du XXe siècle. En 1924 il fut arrêté pour avoir
participé à des publications illégales et condamné
à 15 ans de prison, mais il réussit à s’enfuir
en URSS. En 1928 une amnistie générale lui permit
de rentrer en Turquie. En 1938 il fut à nouveau
condamné à 28 ans de prison à cause d’une inculpation
forgée de toutes pièces l’accusant d’avoir organisé
une révolte au sein des forces armées. En 1949
une campagne internationale fut lancée pour sa
libération qui eut lieu en 1950, lors de l’amnistie
générale après l’arrivée au pouvoir du Parti
Démocrate . A l’âge de 49 ans, alors qu’il
était appelé pour faire son service militaire,
il s’enfuit de nouveau à Moscou. Nazim Hikmet
mourut d’une crise cardiaque en 1963 à Moscou
où il fut enterré. « L’Epopée du Sheik Bedrettin
» (1936) fut son dernier livre à paraître en Turquie
de son vivant. Ses livres n’y réapparurent qu’après
sa mort. Son oeuvre («Il neige dans la nuit et
autres poèmes », « Paysages Humains », « Nostalgie»,
« C'est un dur métier que l'exil », « La vie est
belle mon vieux ») dont les accents révolutionnaires
et humains marquèrent plusieurs générations d'écrivains,
s'oppose à des écrivains conservateurs, imprégnés
de la nostalgie ottomane (Necip Fazil
Kisakürek).
Orhan
Pamuk est l’auteur de romans à succès
et le récipiendaire de prix littéraires turcs
et internationaux. Ses Romans ont été traduits
en plus de vingt langues : « Cevdet Bey et Ses
Fils » 1982; « La Maison de Silence » 1983; «
Le Château Blanc » 1985, qui a établi sa réputation
à l’étranger; « Le Livre Noir» 1990, l’un des
livres les plus populaires et les plus controversés
de la littérature turque, du fait de sa complexité
et de sa richesse ; « La Nouvelle Vie », best-seller
en Turquie en 1995.
Avec « My Name is Red » (Mon
Nom est Rouge), Orhan Pamuk s’est vu décerner
le prix Impac 2003 par le jury du International
Impac Dublin Literary Award. Ce roman historique,
dans lequel se produisent des meurtres mystérieux,
a trait au destin des miniaturistes
et enlumineurs, et à la culture de l’Islam.
Il se déroule à Istanbul durant le règne du Sultan
Murat III qui a commandé un livre enluminé,
éloge de sa vie et de son empire.
LA
CALLIGRAPHIE
Dans les pays de l'Islam, la calligraphie fut
portée à un très haut degré de perfection. L'écriture
présente sur les monuments, les vêtements, la
vaisselle, les meubles, est le premier art visuel
de la cité musulmane, puisque l'image "représentant
un être doué d'une âme" est déconsidérée.
La lettre devient donc le principal élément du
décor . Une seule exception: les ouvrages scientifiques
et littéraires. Ce sont donc les calligraphes
qui se chargent de donner l'illusion de l'image,
suivant leur inspiration et leur sensibilité artistique.
La forme même des lettres, montantes, descendantes,
allongées, contraint les calligraphes à beaucoup
de recherche. Leur tracé n'est pas le même selon
qu'elles se placent au début, au milieu ou à la
fin du mot. Presque toujours attachées, l'espace
dans lequel elles s'inscrivent doit être soigneusement
mesuré.
Les Ottomans seront les derniers grands maîtres
dans l'art de la calligraphie, et réaliseront
une grande évolution dans cet art à l'époque de
Mehmet II le Conquérant,
en l'élevant au niveau de l'art plastique, dans
un style tout à fait original. Le premier grand
maître calligraphe turc est sans conteste Seyh
Hamdullah au XVIe siecle, suivi de Ahmet
Karahisar, puis Hafiz Osman Mektebi
au XVIIe qui apporta à la calligraphie simplicité,
pureté et grâce.
L'art calligraphique de l'Islam possède plusieurs
genres d'écriture: "Talik", "Celi",
"Nesih", "Sülüs", "Kufi",
"Tevki", "Muhakkak", "Rikaa"...
Mais le "Tugra" (signature du
sultan) et l'écriture "Divani" sont
spécifiquement turcs.
LA MINIATURE
La
peinture miniature était utilisée pour les
portraits, et pour l'illustration de livres
et de compositions où étaient représentés
différents sujets et évènements à une très
petite échelle. La technique consistait par
enduire le papier tendu avec d'abord un oxyde
de plomb appelé minium (d'où provient le mot
miniature), et ensuite avec du blanc d'oeuf,
de la fécule, du carbonate de plomb, de la
gomme et du sel ammoniaque qui lui donnaient
une apparence lumineuse et une couleur crémeuse.
Le miniaturiste pouvait alors commencer à
peindre utilisant des couleurs vives données
par des teintures en poudres et parfois de
la dorure.
Le maître traçait la composition principale,
un travail de précision, requérant l'utilisation
de pinceaux extrêmement fins et pointus, puis
ses assistants et ses élèves pouvaient terminer
la peinture. Peu de miniatures sont datées.
Le miniaturiste signait son travail uniquement
lorsqu'il l'avait réalisé entièrement seul.
La période (1451-1520) qui commence avec Mehmet
le Conquérant et se termine avec Selim
I est une des plus intéressante de la
miniature turque. Cependant elle a vécu son
âge d'or sous le règne de Soliman le Magnifique
(1520-1566).
La plus riche collection de peintures miniatures
turques se trouve au Palais
de Topkapi.